De La Rue À Son Chez-elle
Sélection Reader's Digest France & Belgique|Octobre 2019
De La Rue À Son Chez-elle
Les sans-abri sont de plus en plus nombreux en Europe. Il est temps de s’engager en faveur d’un logement permanent pour tous.
Anita Bartholomew
À GLASGOW, EN ÉCOSSE Laura Do-cherty, aujourd’hui âgée de 46 ans, vivait avec ses trois enfants dans un appartement qui les protégeait à peine du vent et de la pluie. « Les murs étaient couverts de moisissure », se souvient-elle.

En juillet 2016, les autorités municipales ont déclaré son immeuble insalubre. Peut-être, mais Laura y était chez elle. Le jour du départ, après avoir rangé ses effets personnels et refermé la porte, la réalité l’a soudain saisie : elle était à la rue avec ses enfants.

Ancienne conseillère commerciale à son compte, Laura souffre d’un syndrome post-traumatique depuis une série d’affrontements violents avec un partenaire. Incapable de travailler, elle vit d’aides publiques, ce qui ne lui permet pas d’envisager une location dans le privé.

Sans réponse à sa demande de logement social, Laura et ses enfants ont passé les 17 mois suivants entre quelques mètres carrés de parquet dans le deuxpièces d’une amie et un appartement en rénovation guère plus salubre que celui qu’ils avaient dû quitter. En décembre 2017, Laura a enfin obtenu un logement et a pu s’y installer pour de bon.

S’IL EST DIFFICILE D’IMAGINER la cascade d’étapes qui conduit à la rue, on aurait tort de croire que ce genre de chose n’arrive qu’aux autres. Le phénomène prend partout de l’ampleur. Comme chaque pays a sa propre façon de comptabiliser la population en errance (à long ou à court terme), les spécialistes se disputent sur le nombre réel de sans-domicile fixe en Europe. De plus, il n’existe aucun système paneuropéen pour enregistrer le sexe ou l’âge des sans-abri.

Selon Freek Spinnewijn, directeur de la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (FEANTSA), un réseau de soutien aux organismes s’occupant des sans-domicile dans l’UE, environ quatre millions de personnes connaissent tous les ans des périodes de sans-abrisme. Ce nombre ne cesse de croître.

Qui n’a pas en tête l’image du quinquagénaire qui mendie ou dort dans la rue ? S’il est vrai qu’elle correspond à la réalité de la plupart des sans-domicile à long terme, « ce n’est cependant pas chez l’homme célibataire que l’augmentation du sans-abrisme est la plus marquée », souligne M. Spinnewijn. Il évoque les jeunes âgés de 18 à 29 ans et des femmes comme Laura. « Le sansabrisme familial prend de l’ampleur. »

Le Pr Nicholas Pleace, dirige le Centre d’étude sur le logement de l’université d’York, au Royaume-Uni. Il a surtout croisé des sans-domicile à court terme. « C’est d’abord la pauvreté et une certaine malchance qui les caractérisent », dit-il. À l’instar de Laura et de ses enfants, ces gens ont perdu leur toit après une épreuve dont ils ont eu du mal à se remettre.

Les personnes handicapées sont très vulnérables, comme les femmes qui fuient la violence conjugale (souvent avec leurs enfants), et ceux qui ne trouvent pas de travail ou ne gagnent pas assez.

En raison des programmes d’austérité, le nombre de logements sociaux disponibles a diminué dans de nombreux pays européens à partir de 2007. Et comme les loyers ont augmenté beaucoup plus rapidement que les salaires, le risque de se retrouver sans domicile a augmenté d’autant.

articleRead

You can read up to 3 premium stories before you subscribe to Magzter GOLD

Log in, if you are already a subscriber

GoldLogo

Get unlimited access to thousands of curated premium stories, newspapers and 5,000+ magazines

READ THE ENTIRE ISSUE

Octobre 2019